בס״ד

Lecha nechama · à leur mémoire

Nos familles

לעילוי נשמת

Ce recueil des Tsadikim commence et s'achève au même endroit : auprès des nôtres. Nos parents et nos beaux-parents, de la Silésie au Souss et de Taroudant à Jérusalem — des vies tournées vers la pureté, une bénédiction reçue d'un saint de Taroudant, un nom donné à l'âge d'homme.

Les jours de mémoire

Le calendrier des nôtres

Les azkarot suivent le calendrier hébraïque : elles reviennent chaque année à la même date hébraïque, et donc à une date civile différente. Le calendrier ci-dessous est celui du site — hiloulot, fêtes, horaires de Chabbat — mais il porte en plus les azkarot des nôtres, qui ne paraissent nulle part ailleurs.

Notre père

Avraham Israël ben Irna, z״l

אברהם ישראל בן אירנה ז״ל

Hans Klings · Breslau, 1920 — Ashdod, 1976 · inhumé à Holon

HonnêteUn homme de paroleDroitRespectueux

« Maintenant, je peux mourir : je suis juif. » Le soir de sa Brit Mila, dans le noir d'une salle marocaine

Il est des vies qui tiennent tout entières dans une phrase. Celle de notre père en est une. Prononcée dans le noir, un soir où l'électricité venait de s'éteindre, elle dit à elle seule qui il était : un homme qui avait cherché, traversé et choisi son identité, et qui, l'ayant enfin reçue, n'avait plus peur de rien.

L'homme qui a choisi d'être juif

Hans naquit à Breslau, en Silésie — l'actuelle Wrocław —, dans une famille où plusieurs proches étaient d'origine juive mais très assimilés : les Klings, les Berger, des noms qui remontent de père en fils jusqu'au début du XIXᵉ siècle. Il naît en 1920, dans une Europe qui bientôt s'embrasera. La guerre emporte tout : les études, les projets. Ce judaïsme qui, chez les siens, s'était estompé, il le fera plus tard tout entier sien.

C'est à l'âge d'homme, vers trente-cinq ans, qu'il accomplit sa propre Brit Mila — au Maroc, entre les mains du Rav Berdugo, d'une des plus grandes dynasties rabbiniques du pays. Une coupure d'électricité plongea la salle dans l'obscurité totale, et c'est dans ce noir que sa voix s'éleva. Bien des années plus tard, en 1990, l'un de ses fils, en voyage au Maroc, retrouva le vieux rabbin : de sa propre bouche, celui-ci confirma que c'était bien lui qui avait fait entrer Hans dans l'alliance d'Abraham. La boucle, à travers les décennies, se refermait.

Taroudant, et la bénédiction du Tsadik

Esther, notre mère, venait de Taroudant, ville pieuse du sud marocain. Quand son père, Mordehaï, apprit que sa fille fréquentait cet étranger venu d'Europe, d'une famille où la foi s'était effacée, sa colère et sa tristesse furent à leur comble. C'est alors qu'intervint le vénéré tsadik de la ville, Rabbi David Ben Barroukh. Il se tourna vers le grand-père et lui posa une simple question : « Pourquoi t'opposes-tu à cette union ? » Puis il dit ces mots que la famille n'a jamais oubliés : Hans Klings possède une âme juive, et il désire revenir vers son peuple.

« Le Tsadik voit ce que nous, si petits, ne pouvons pas voir. »

Devant ces paroles, notre grand-père s'inclina et bénit l'union. Ainsi, bien avant que la salle marocaine ne plonge dans le noir, un saint de Taroudant avait déjà reconnu en cet homme venu du Nord une âme d'Israël qui rentrait chez elle. Hans devint Avraham Israël : Abraham, le premier à entrer dans l'alliance ; Israël, le nom de tout un peuple. Il ne se convertissait pas — il revenait.

À confirmer : Taroudant compte deux tsadikim homonymes, le Saint d'Aghzou n'Bahamou († v. 1784) et son descendant Baba Doudou († 1953). Compte tenu des dates, il s'agit très probablement de ce dernier — à vérifier auprès de la famille.

Le poing de Strasbourg

À Strasbourg, il travaillait comme comptable chez Hepner. On le revoit s'y rendre sur son Solex, ou au volant de sa Peugeot 403, plus tard de sa 404 — la silhouette familière d'un homme rangé, ponctuel, appliqué. Un jour, il rentre du travail et raconte, simplement, ce qui vient de se passer : on l'a traité de « sale juif ». Il n'a pas baissé les yeux, il n'a pas fait semblant de ne pas entendre. Il a répondu d'un coup de poing. Ce geste n'était pas de la violence pour la violence — c'était de la dignité. Toute sa vie, il opposera à l'injure la même réponse : se tenir debout.

Dix-sept ans sous le feu, et la mer

Il servit dix-sept années dans la Légion étrangère, jusqu'aux rizières d'Indochine. Là-bas, il n'était pas un homme d'armes seulement : il était infirmier militaire, celui vers qui l'on se tourne quand un frère tombe. En mai 1950, son navire rentrait de Saïgon, chargé de légionnaires rapatriés. Dans la nuit, au large de la Corne de l'Afrique, le bâtiment se brisa sur les récifs. Notre père gardait de cette nuit le souvenir de l'eau noire et de la terreur des requins qui hantent ces mers. La mer, cette nuit-là, l'épargna. Elle se souviendrait de lui.

Le médecin qu'il rêvait d'être

Jeune homme, il avait fait à son propre père une promesse : revenir médecin. Il avait commencé ses études, appris le nom des maux et des remèdes. Puis la guerre a éclaté, et la médecine est restée sur le seuil. Mais il n'a jamais renoncé à soigner : toute sa vie, il a gardé auprès de lui ses encyclopédies de médecine, comme on garde la trace d'une vocation. À défaut du titre, les gestes ; à défaut du diplôme, les vies sauvées.

La terre promise

En 1968, la famille partit en vacances en Israël. Au retour, quelque chose s'était allumé : nos parents rapportèrent la méthode Assimil et ses disques souples de 45 tours — on apprendrait l'hébreu. Les proches, inquiets, le mettaient en garde : vivre là-bas, avec la guerre ?

« J'ai fait la guerre toute ma vie. Là-bas, je serai utile, à l'armée. »

Utile : le mot d'un homme qui n'avait jamais conçu son existence autrement que comme un service. Israël n'était pas pour lui une retraite, mais un poste.

Le chemin de la Torah

En 1975, il proposa à l'un de ses fils d'entrer à Aquiba, l'école juive de Strasbourg — premier pas, discret, vers ce qui allait tout changer. Vint ensuite la yeshiva de Montreux, en Suisse, et un programme de trois ans. À partir de cette année-là, la famille Klings eut le mérite de s'approcher de la Torah : Babette commença à se renforcer, puis Claude et Patrick prirent à leur tour le même chemin, et toute la famille avec eux.

« Il ouvrait à ses fils le chemin qu'il avait, seul, retrouvé. »

L'homme qui était revenu seul vers son peuple, dans le noir d'une salle marocaine, ouvrait maintenant la voie aux siens en pleine lumière. Ce qu'il avait reçu, il le transmettait : son dernier grand geste de père fut de tourner ses enfants vers l'étude et vers Dieu.

Le grand mikvé

C'est en Israël, à Ashdod, que la mer vint le chercher. En 1976, à cinquante-six ans, notre père se noya. Celui qui avait survécu au naufrage d'Indochine, un quart de siècle plus tôt, s'en remit une dernière fois aux eaux. Les rabbins eurent, pour le dire, des mots que nous n'avons jamais oubliés : il était mort pur, dans le grand mikvé d'Israël. Sa phrase de jadis trouvait, dans ces paroles, son accomplissement. Il repose aujourd'hui à Holon, dans cette terre qu'il avait choisie, à jamais chez lui.

Trois fils traversent sa vie et se rejoignent dans sa mort : la mer, qui deux fois le porta ; le judaïsme, qu'il embrassa jusqu'à la pureté ; et Israël, dont il rêva et où il demeure. Rien, dans cette fin, ne fut absurde : tout y fut fidèle à ce qu'il avait été.

Portrait de Hans Klings — Avraham Israël ben Irna z"l
אברהם ישראל בן אירנה ז״ל Hans Klings · 1920 — 1976

D'autres images encore

Les documents de la Légion, Strasbourg, la tombe de Holon. À déposer dans assets/photos/.

Repères

Les dates d'une vie

9 janvier 1920
Naissance de Hans Klings à Breslau, en Silésie — aujourd'hui Wrocław —, dans une famille d'origine juive mais très assimilée.
fin 1930
Débuts d'études de médecine — la promesse faite à son père — interrompues par la guerre.
années 1940
Engagement dans la Légion étrangère, dix-sept ans de service ; infirmier militaire.
mai 1950
Retour d'Indochine ; naufrage de son navire au large de la Corne de l'Afrique.
vers 1955
Brit Mila à l'âge adulte, au Maroc, entre les mains du Rav Berdugo.
7 décembre 1955
Mariage avec Esther Sebbat, à Taroudant.
1968
Voyage en Israël ; apprentissage de l'hébreu ; le rêve d'y vivre.
1975
Aquiba, puis la yeshiva de Montreux : la famille s'approche de la Torah.
1976
Il se noie à Ashdod ; « mort pur dans le grand mikvé d'Israël » ; inhumé à Holon.
1990
Son fils retrouve le Rav Berdugo au Maroc, qui confirme avoir célébré sa Brit Mila.

Lignage paternel

Les Klings, de Silésie

Sept générations documentées, de la Silésie du XVIIe siècle à Ashdod. Le nom traverse trois siècles au même endroit avant que la guerre ne disperse tout.

Branche ancienne — Silésie, XVIIe–XVIIIe siècle

  1. Joannes Georg Klings1680 — 5 août 1731 × Eva Koblitz  5 avril 1685 — 5 décembre 1758
  2. Anton Klingsné en 1718
  3. F. Klings1749 — 1776 × Johanna Katzman

Le raccord entre cette branche et la suivante reste à établir : F. Klings meurt en 1776, Franziskus naît en 1805.

Branche directe

  1. Franziskus Klings1805 — 1883 × Franziska Goltsch  1816 — 1900
  2. Robert Klings10 août 1856 — 24 avril 1906 × Ida Fellman  1861 — 1937
  3. Georg Klings22 avril 1888 — 28 novembre 1934 × Erna Lucie Berger  2 mars 1894 — 8 juin 1965
  4. Hans — Avraham Israël Klings9 janvier 1920 — 19 août 1976 × Esther Sebbat  Taroudant, 7 décembre 1955

Relevés de l'arbre genealogie_klings. Erna Lucie Berger était fille d'un Berger dont le prénom n'a pas été retrouvé et d'une Pluske.

Cette page est vivante. Les emplacements réservés attendent vos photographies et vos récits. Pour Simha bat Tamou z״l et Avraham ben Yakot z״l, les archives familiales ne donnent que l'année de la disparition — 2010 et 2012 : le jour, le lieu et la sépulture restent à établir, et avec eux la date de leur azkara. Les mentions en italique signalent les points restant à vérifier auprès de la famille ou des archives.

Cinquante ans ont passé. Leur parole tient toujours, leur droiture nous éclaire encore, et leur bonté demeure notre héritage. יהי זכרם ברוך — que leur souvenir, à tous, soit béni